A droite, la primaire de tous les dangers.

Avec l’annonce de la candidature de Jacques Myard à la primaire organisée par Les Républicains, le moins que l’on puisse dire est qu’il y a beaucoup de monde sur la ligne de départ. Alors auberge espagnole, Barnum ou au contraire diversité bienvenue ? Quelle que soit la réponse il faut s’attendre à une primaire à nulle autre pareil.
Commençons par la course aux parrainages. Si obtenir l’aval de 2 500 militants devrait être assez simple, recueillir la signature de 250 élus dont 20 parlementaires l’est déjà moins, surtout que ces derniers devront en outre signer une charte où ils déclareront adhérer aux valeurs de la droite et du centre, ceci pour éviter tout parrainage par ruse*. L’on découvre surtout à cette occasion que la primaire selon la Droite doit se passer en petit comité, entendez trois ou quatre candidats** au maximum et en tout cas pas onze ou douze. Nul doute que certains resteront au portillon faute de signatures en nombre suffisant. Je pense d’ailleurs que très vite des voix vont s’élever pour que cette règle évolue voire se créer une sécession, lire ici une candidature directe au 1er tour de l’élection présidentielle.
Mais si pour participer à la primaire recueillir des soutiens est une condition nécessaire, elle n’est pas pour autant une condition suffisante. On l’a peut-être oublié mais Nicolas Sarkozy tient beaucoup à ce que chaque candidat s’engage autour d’une charte, une de plus, aux contours encore flous. Je ne vois pas très bien sur quoi il faudrait s’engager car tous les candidats à la primaire seront issus de la même famille politique, pour ne pas dire issus du même parti politique. Ils sont donc censés partager les mêmes valeurs et la perspective de devoir – en plus des autres obligations – signer une charte deviendrait inutile pour ne pas dire ridicule. A moins bien sûr qu’en creux ne se dessine l’idée qu’il faille faire allégeance au programme politique de Nicolas Sarkozy avant que de se présenter.
De toute manière, une fois la liste définitive des candidats établie et cette histoire de charte résolue, restera le temps de la campagne et des débats. Ce sera sûrement le point d’orgue, avec à la clé des crispations et des frustrations. Il me semble évident que nous aurons droit à l’inévitable débat sur l’opportunité de faire des débats, puis au débat entre les partisans de l’équité du temps de parole et les partisans de l’égalité du temps de parole (tiens, tiens…). Enfin, je parie aussi sur une polémique autour du temps de parole des soutiens.
Sur un plan plus politique, la course aux suffrages risque de mettre à mal un programme que l’on peut déjà qualifier d’ultra-libéral puisque selon toute vraisemblance la surenchère sera aux manettes et non pas la recherche de l’intérêt général pour redresser le pays. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, les différents candidats savent très bien qu’ils n’ont aucune voix à attendre d’un électeur votant – même occasionnellement – à gauche. A l’inverse, il sera utile tactiquement de chercher à convaincre au-delà du cercle des militants conquis d’avance et des sympathisants de Les Républicains, autrement dit regarder du coté de l’extrême droite et chercher à séduire les électeurs qui votaient UMP et qui votent maintenant FN***. A celles et ceux qui douteraient encore qu’une telle population existe je rappellerais simplement que s’il y a deux sénateurs FN au Sénat c’est bel et bien parce que des élus de droite ont voté pour eux et non pas pour le candidat naturel de leur parti.
Le risque est donc grand de voir se dessiner à coups de promesses toutes plus radicales les unes que les autres, un programme inapplicable au mieux, néfaste au pire. J’en veux pour preuve le tout récent débat sur la taille à donner au code du travail, où après plusieurs enchères à la baisse c’est je crois Hervé Mariton qui l’a finalement emporté en voulant le réduire à zéro page, autrement dit le supprimer. Je vous laisse imaginer ce que donnerait une telle démarche si elle s’appliquait à des thèmes comme la sécurité, l’éducation ou la justice.
Candidatures, débats, programme, c’est la primaire de tous les dangers qui attend la Droite si elle n’arrive pas à éviter ces écueils.

* Sans être ni de droite ni du centre, certains élus pourraient décider de parrainer un candidat dans le seul but d’ajouter un nom à la liste. Les déclarations de Luc Chatel sur ce sujet pourraient d’ailleurs en suggérer l’idée…
** Dans tout ce billet le féminin est implicite.
*** La formulation UMP et non Les Républicains doit se lire comme une considération de ma part que la porosité entre les deux votes est antérieure au changement de nom du parti politique.

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À propos de VincentB

"Né citoyen d'un Etat libre, (...) quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d'y voter suffit pour m'imposer le devoir de m'en instruire" [Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social]
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