Actualité


C’est à un drôle de numéro d’équilibriste que s’est livré Nicolas Sarkozy aujourd’hui lors de son déplacement dans le Doubs. La “Table ronde sur le thème du soutien à l’emploi et à la formation professionnelle” n’est bien entendu qu’un prétexte pour soutenir la liste UMP de cette région. Mais il est intéressant d’analyser comment. D’abord par la nature même du thème, qui est une compétence de la Région, et pas la moindre. Avouez que s’intéresser à quelque chose d’aussi abstrait pour le Français moyen que la formation professionnelle et ses arcanes à cinq jours d’une élection est une coïncidence qui ne doit tromper personne.
Mais si le déplacement ne suffisait pas, il y a le discours. Ecoutez avec moi le Président de la République et jugez s’il joue le rôle qui l’a amené à cette table ronde ou bien s’il joue le rôle de défenseur de son camp politique, en délicatesse avec les sondages.

- “Voter est un devoir civique“. Rien à redire si ce n’est que ce n’est pas assez répété lorsqu’on voit les taux de participation à cette catégorie d’élection ;

- “Je n’ai pas à interférer [dans cette campagne]“. Au bénéfice du doute je dirai qu’il ne s’agit pas d’une prétérition, mais les éxégètes du discours sarkozyiesque ne seront peut-être pas du même avis… ;

- “élections régionales, conséquence régionales, élections nationales, conséquences nationales“. Ici le Président se dédouane d’avance de prendre sa part dans la déroute annoncée de l’UMP,  qui je le rappelle devrait au mieux conserver les deux régions dont elle a la charge ;

Il faut arrêter avec cette instabilité ministérielle“. Tiens, pourquoi dit-il cela ? Aurait-il oublié qu’il a envoyé 16 ministres et secrétaires d’état se présenter devant les électeurs, et que toutes celles et ceux qui seront élus devront quitter le gouvernement, créant de facto un remaniement d’une ampleur inégalée depuis 2007 ?

Enfin la dernière pique à l’attention des “observateurs“, traduisez les sondages, termine de démontrer que cette visite est avant tout politique et est un soutien - gratuit de surcroît - à la liste UMP de la région.

Il est des précédents fâcheux. Sans le savoir l’AFP en a créé un le 24 janvier dernier - ce n’est pas si vieux - en s’empressant de commettre une dépêche sur le vif échange(1) qui opposa François Bayrou à Jean-Pierre Elkabbach.  Dépêche relayée aussitôt par Le Figaro.
Cinq jours plus tard - ce n’est donc pas si vieux non plus - un échange tout aussi vif a opposé Xavier Bertrand à Jean-Michel Aphatie sur l’antenne de RTL. Mais là, pas de dépêche. Bizarre, non ? Alors, pour en quelque sorte réparer l’oubli voici ce que vous auriez pu lire(2) :

L’émission “L’invité de RTL” a donné lieu à de vifs échanges entre Xavier Bertrand et Jean-Michel Aphatie, le secrétaire général de l’UMP reprochant au journaliste d’être “passionné” par l’affaire Clearstream et le menaçant de le laisser “faire la chronique tout seul”.
Pendant l’entretien, M. Aphatie a ironisé sur le fait que le secrétaire général de l’UMP puisse penser que ses questions étaient “illégitimes”, en lançant à M. Bertrand : “C’est assez terrible d’être confronté à ça. Au fond vous nous dites “vous faites mal votre travail, vous ne posez pas les bonnes questions”, c’est assez terrible à entendre ça. Vous saviez très bien ce matin en venant qu’on parlerait de Dominique de Villepin”.
“C’est une question qui passionne les journalistes, c’est une question qui intéresse certains politiques, mais pour les français le vrai sujet c’est d’en entendre parler certes, d’en tirer pour eux mêmes les conséquences et ensuite de se projeter sur ce qui les intéresse vraiment”, lui a répondu Xavier Bertrand. “Non, je réfute ce que vous dites ” a répliqué aussitôt Jean-Michel Aphatie.

Moralité : en décidant de rapporter l’échange entre François Bayrou et Jean-Pierre Elkabbach, l’AFP s’oblige - au moins moralement - à désormais le faire systématiquement. Car enfin je ne vois pas de différence de forme entre ces deux interview. En oubliant de dire que Xavier Bertrand et Jean-Michel Aphatie ont en quelque sorte joué un remake,  l’AFP laisse la porte ouverte à la polémique sur ses choix en ce domaine. Il fallait soit faire deux dépêches, soit n’en faire aucune. Précédent fâcheux vous dis-je…

(1) Je reprend le titre de l’article du Figaro qui lui-même reprend la dépêche de l’AFP. N’étant pas journaliste mais internaute, je ne peux pas aller plus loin dans les sources.
(2) Vous pouvez comparer avec l’article, on s’y croirait vraiment…

Complément du 3 février 2010

Rue89 révèle aujourd’hui que Xavier Bertrand a eu le 19 janvier dernier des mots lors d’une interview

On ne sait pas toujours reconnaître le bon combat politique à mener. Jeter les gens dans la rue par centaines de milliers pour les retraites, l’éducation ou les contrats de travail,  c’est finalement assez facile. Le faire à l’occasion d’une réforme de l’audiovisuel public, c’est déjà plus compliqué. Alors que dire s’il fallait appeler à manifester contre un projet de loi de réforme électorale.  Dans la gradation de ce qu’on pourrait nommer un déni de démocratie sans être pour autant taxer d’éxagération, je considère que c’est le pire qui vient d’arriver aujourd’hui.

Pourtant, ce combat là n’est-il pas aussi honorable que les autres ? Il l’est même plus à mes yeux, car il ne défend aucune autre idéologie que celle de la démocratie assumée, celle d’une société qui a décidé de respecter les règles qu’elle s’est elle-même fixée.
C’est pourquoi le pouvoir législatif se doit d’assumer ses votes, les plus légitimes comme les plus improbables. Sinon où est la limite ? A quoi sert de voter la Loi, si on se donne dans le même temps le pouvoir de changer le vote ?
L’Assemblée Nationale n’est plus. Ou du moins elle ne pourra plus se dire telle qu’elle était avant. Quelque chose d’elle a disparu avec le vote d’aujourd’hui. C’est hélas de moins en moins une assemblée d’élus de la Nation, et de plus en plus une chambre d’enregistrement. Avec en prime la création de 11 sièges pour les “français de l’étranger”. Malgré tout le respect que j’ai pour ces derniers, ils n’ont pas besoin de onze députés pour les représenter. Deux suffisaient largement.

Plus que deux ans et quelques mois. Le quinquennat a généré la campagne (presque) permanente pour les présidentielles. Cela ne s’était pas vu avec Jacques Chirac, qui aura été président 12 ans après les 14 de François Mitterand. Mais maintenant si le calendrier est respecté, nous pourrions avoir jusque cinq Présidents de la République différents là où auparavant on en n’avait que deux.
Mais l’essentiel est ailleurs pour le moment. En ce début d’année 2010, je me propose de lister qui veut y aller et pourra, qui veut et ne pourra pas, et qui ne veut pas.
A tout seigneur tout honneur, Nicolas Sarkozy. Ces récentes déclarations sur le sujet ne doivent tromper personne. Etre contre sa manière de gérer le pays, contre la plupart - pour ne pas dire contre toutes - ses idées n’empêche pas le discernement : Nicolas Sarkozy est un homme politique hautement intelligent. A ce titre, je suis prêt à parier gros qu’il pense à la ré-élection depuis le premier jour de son entrée en fonction. Sa stratégie pour 2012 est très simple : compte-tenu qu’à droite les réserves de voix sont ténues, il faut être en tête au premier tour avec le maximum d’avance sur le second. Pour cela il a besoin d’écarter des candidatures à droite qui pourraient lui faire ombrage, et organiser la division à gauche pour que son opposant ait le moins de voix en valeur absolue au premier tour. Vous noterez au passage le froid calcul mathématique : peu importe l’opposition présente au second tour, pourvu qu’on ait l’écart en voix au premier.

Revue de détail par ordre aléatoire

  • Philippe de Villiers : Son cas est intéressant. Habitué des joutes politiques, il a très envie de se présenter en 2012. Mais il fait désormais partie des déjeuners de la majorité, club politique dont la vocation est avant tout de “manger” ces candidatures que Nicolas Sarkozy doit sans doute qualifier d’exotiques. Pour moi il n’ira pas, car en échange on lui laisse la Vendée et tous ses tribunaux(1).
  • Hervé Morin : Il ne sera pas candidat. Non pas qu’il ne veuille pas, mais je crois tout bonnement qu’on ne l’autorisera pas à se présenter. Tant pis pour le Nouveau Centre, ce drôle de parti sans militants et n’existant que par la volonté de générer un semblant d’opposition au sein de la Majorité. Personne n’est dupe et cela se voit élection après élection.
  • Dominique de Villepin : Lui ira et sans trop me vanter j’ai cette certitude depuis bien longtemps, je veux dire bien avant le procès Clearstream. Il a l’aura de l’homme libre, il est attaché à ses convictions. Il a le réseau nécessaire, et de plus il a les sondages pour lui. Dans ces conditions il se doit d’être candidat.
  • François Barouin : Il l’a déjà annoncé (!), il sera candidat mais en 2017. Pour l’avoir vu lors d’un débat public fin 1995 contre un certain François Hollande(2), je ne doute pas de sa parole. Mais pour 2012 c’est encore trop tôt.
  • Extrême droite : Il faut s’attendre à deux canditatures. Celle du Front National et celle d’un parti ou mouvement dissident. Mais le “bon score” qu’on prédit n’arrivera pas, ne serait-ce que parce que cela est contre la stratégie du candidat Nicolas Sarkozy. C’est donc sans aucun scrupule que ce dernier ira marcher sur les plates-bandes de l’électorat frontiste.
  • Parti Socialiste : Il y aura une candidate ou deux candidat(e)s ! Car soit Ségolène Royal est vainqueur des primaires et ce sera la candidate du PS, ou bien elle ne l’est pas et nous aurons sa candidature en plus de celle soutenue officiellement par le parti socialiste.
  • Olivier Besancenot : Aucun souci, il sera présent. Et comme à chaque fois il devra compter avec une candidature Lutte Ouvrière et une candidature “extrême gauche exotique”.
  • Parti Communiste : Le Parti présentera un(e) candidat(e). Désolé de paraître méchant mais peu importe le nom, cette candidature ne recueillera au mieux que 2% des suffrages.
  • Jean-Luc Mélanchon : Il a besoin de notoriété et d’installer son parti dans l’esprit des Français. Il sera donc candidat.
  • Europe Ecologie : C’est la victoire de la stratégie de Nicolas Sarkozy, qui en aidant ce mouvement à s’installer dans le paysage politique permet d’organiser la division des voix à gauche(3). Daniel Cohn-Bendit ne sera pas candidat, donc le candidat Europe Ecologie devra faire face à un défaut de notoriété. Défaut assez pénalisant pour l’empêcher d’atteindre le second tour, mais assez important pour aider à creuser l’écart en voix au premier tour.
  • Les verts : Il y aura une candidature “verte” en plus de celle d’Europe Ecologie, de quoi semer le trouble chez les électeurs. Je pense à Cécile Duflot mais ça peut encore changer.
  • Noël Mamère : S’il est logique avec lui-même il ne devrait pas être candidat, puisque lors de la réforme consitutionnelle il a défendu un amendement demandant la suppression de l’élection du Président de la République au suffrage universel.

Et le MoDem dans tout ça ? Nous aurons un(e) candidat(e), c’est tout ce que je peux affirmer pour le moment !

(1) Vous vous souvenez sans doute de cette réforme engrangée par Rachida Dati, alors Garde des Sceaux, consistant à réfomer la carte de France des tribunaux. Si vous êtes journaliste - je ne le suis pas - enquêtez pour comprendre pourquoi la Vendée a t-elle été épargnée ?
(2) François Hollande qui était tout dépité après l’annonce du retrait de Jacques Delors.
(3) Apparté pour redire ici que l’écologie - pardon l’environnement - n’a pas de place politique. Au nom de quoi au prétexte qu’on n’est pas de Gauche serait-on contre l’environnement ?

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