La mesure de trop

De révélations en mesures démagogiques on ne sait plus trop comment s’indigner face aux décisions du président de la République ou de son gouvernement.
C’est ainsi que nous avons appris ce week-end à quel prix (!) était logé Nicolas Sarkozy à l’occasion du G20 de Cannes. Finalement ce n’est pas tant l’indécence de la somme qui doit nous faire bondir que le contexte dans lequel une telle dépense a été engagée – et pis que tout – assumée. A la veille de la mise en place d’un plan d’équilibre des finances publiques, la devise du Président pourrait être « gagnez moins pour que je puisse dépenser plus« .
Mais ce qui me fait le plus réagir est bien entendu de découvrir que dans le train de mesures permettant à la France de conserver son Aaa – déclaré par Alain Minc patrimoine national – se trouve l’engagement du gouvernement de geler les salaires des ministres. C’est de toute évidence trop peu et trop tard.
Trop peu car comme le traitement du gouvernement est dépendant du point d’indice des fonctionnaires et que ce dernier est gelé, la non-augmentation des salaires des ministres est déjà actée. Bref cette mesure d’austérité n’en est pas une et il y a tromperie intellectuelle à vouloir faire croire aux français que même les ministres se serrent la ceinture.
Trop tard car depuis l’article 106 de la loi de finance rectificative pour 2007, le traitement des ministres et du président de la République a augmenté de plus de 170% ce qui relativise – oh combien ! – l’annonce de ce jour. J’en profite pour signaler que même le PS ne parle que du bout des lèvres de revenir sur cette mesure avec une baisse de « 20 à 30% » (1) (2).
Servir l’Etat ce n’est pas se servir sur le dos de l’Etat et la seule mesure efficace aux yeux des français serait l’abrogation pure et simple de ce texte.
Quant à appeler « les responsables politiques détenteurs d’un mandat et les dirigeants des grandes entreprises notamment cotées au CAC 40, à faire de même« , autrement dit geler eux aussi leur rémunération c’est de la poudre aux yeux au mieux, et au pire de l’hypocrisie.

(1) Les seuls que j’ai entendu se prononcer sont Manuel Valls (-30%) et Martine Aubry (-20%).
(2) Au moment où Nicolas Sarkozy avait pris cette mesure en 2007 j’avais posé la question de l’abrogation de cette loi à François Bayrou lors de sa 1ère interview face aux internautes. Il a répondu que « cela devra se faire ».

 

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À propos de VincentB

"Né citoyen d'un Etat libre, (...) quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d'y voter suffit pour m'imposer le devoir de m'en instruire" [Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social]
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